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Les « zones bleues » : ce que l'on sait, ce qui fait débat
Des villages où l'on vivrait plus vieux qu'ailleurs, et des leçons de longévité tirées de leur mode de vie : l'idée des « zones bleues » a fait le tour du monde. Elle part d'une observation sérieuse, mais elle a été beaucoup simplifiée.
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Tout commence au tournant des années 2000, en Sardaigne. Un universitaire italien, Gianni Pes, et un démographe belge, Michel Poulain, étudient les âges des habitants des villages de montagne de la province de Nuoro et de l'Ogliastra. Ils y trouvent une concentration d'hommes centenaires plus forte que partout ailleurs à l'époque. Pour délimiter ces villages sur la carte, ils les entourent à l'encre bleue. Le nom de « zone bleue » est né de ce coup de crayon.
De la Sardaigne au monde entier
Quelques années plus tard, un journaliste américain, Dan Buettner, s'associe à ce travail avec le soutien de la National Geographic Society. D'autres régions rejoignent la liste : l'île japonaise d'Okinawa, l'île grecque d'Ikaria, la péninsule de Nicoya au Costa Rica, et la communauté adventiste de Loma Linda, en Californie. Livres, documentaires, livres de cuisine : les « zones bleues » deviennent une marque mondiale.

Le message qui en est tiré est simple : ces régions partageraient des habitudes communes. On y bougerait toute la journée sans faire de sport, on y mangerait surtout des légumes et des légumineuses, on y vivrait entouré de sa famille et de ses voisins, avec un rôle dans la communauté jusqu'à un âge avancé.
Ce qui résiste à l'examen
Le point de départ sarde repose sur un travail démographique minutieux : actes de naissance, registres paroissiaux, listes de recensement, recoupés un à un. C'est la méthode que nous décrivions à propos de la vérification des âges extrêmes. Dans ces villages, les hommes vivent presque aussi longtemps que les femmes, ce qui est rare.
Les études menées sur place décrivent des vies très particulières : travail physique en altitude jusqu'à un âge avancé, familles nombreuses et proches, anciens consultés et respectés. Les régimes, eux, n'ont rien d'uniforme : dans les montagnes sardes, on mange de la viande et de la charcuterie, quand Ikaria suit un régime méditerranéen riche en légumes et en poisson.
Ce qui fait débat
D'autres zones tiennent moins bien. Un chercheur de l'Université nationale australienne, Saul Newman, a montré que les records de longévité sont souvent plus nombreux là où l'état civil est le moins fiable. Okinawa, longtemps en tête des régions japonaises, a perdu cette place au XXIe siècle. À Nicoya, les générations nées après 1930 ne vivent pas plus longtemps que le reste du Costa Rica. Quant à Loma Linda, son inscription sur la liste tiendrait plus à une demande éditoriale qu'à des mesures, de l'aveu même de son auteur.

La page de Wikipédia consacrée aux zones bleues le résume sans détour : le concept a été remis en question faute de preuves solides pour plusieurs des régions citées. Il faut donc lire les « secrets » des zones bleues comme des hypothèses, pas comme des conclusions.
Ce que l'on peut en retenir
Faut-il pour autant tout jeter ? Les habitudes mises en avant n'ont rien d'exotique. Bouger chaque jour, et pas seulement au club de sport : c'est aussi ce que proposent les repères officiels, que nous détaillons dans bouger tous les jours après 60 ans. Garder une place parmi les autres, ce que nous appelons le lien social avec l'âge. Manger simple et varié, sans régime particulier.
Ce qu'il faut éviter, c'est d'y voir une formule infaillible, ou de croire qu'il suffirait de s'installer sur une île pour vivre cent ans. La longévité dépend de beaucoup de choses à la fois : l'histoire d'une génération, ses conditions de vie, son accès aux médecins, et une part de hasard. La France n'a pas de « zone bleue » officielle, mais elle compte plus de centenaires que ses voisins européens, sans village magique.


